La sociologie francophone dans le monde

André Petitat, Université de Lausanne (Suisse), et Président de l’AISLF

DGN VOL. 2 / # 4 / MAI 2012

Reproduzido por Jacob (J.) Lumier (SSF/RIO)

Mais informação: tecle aqui

   Georges Gurvitch (1894-1965) – intellectuel français d’origine russe et sociologue de renom – a été une figure de proue de l’AISLF.

>> Le XIXe Congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) aura lieu à Rabat du 2 au 7 juillet 2012, sur le thème Penser l’incertain.

L’AISLF, qui est membre de l’ISA, a été fondée en 1958 dans un contexte d’hégémonie militaire, économique, technologique et scientifique des États-Unis. Depuis les années 50, les étudiants de deuxième et troisième cycle ont recherché des opportunités pour aller dans les universités américaines. Ce qui n’était pas pour plaire à tout le monde, dans la mesure où les courants du conformisme fonctionnaliste et de l’empirisme statistique, alors dominants aux États-Unis, contrastaient avec des approches européennes plus sensibles à la contestation et à la transformation sociale. Georges Gurvitch, figure de proue de AISLF, a, à sa manière, poursuivi la critique de Sorokin de la testomanie et de la quantophrénie américaines. Bien que la folie maccarthyste ait pris fin en 1954, elle a laissé des traces dans la sociologie américaine.

La distance théorique et idéologique par rapport à la sociologie américaine, sans parler de son orientation linguistique unilatérale, a eu une influence majeure dans la décision de créer un espace international de sociologie de langue française. L’AISLF représente par conséquent un acte explicite de politique scientifique aussi bien qu’un acte de politique linguistique: l’objectif était de sauvegarder la diversité de la production sociologique et la diversité linguistique en combinant l’une et l’autre.

 Au fil des années, l’AISLF, qui a commencé comme un rassemblement amical entre universitaires, s’est agrandie jusqu’à devenir une association de plus de 1.800 membres issus de plus de 50 pays différents. Il ne s’agit pas d’une association régionale ou nationale mais d’une association d’espaces culturels et linguistiques, à la fois réels et virtuels, constitués de pays, de régions, de programmes éducatifs et de centres de recherche partiellement ou entièrement francophones. Certains sont situés dans des pays qui ne sont pas francophones, d’autres sont simplement des sociologues francophiles isolés dans des environnements non francophones. Cette association « linguistique régionale » compte plus de 50 groupes thématiques très actifs. Elle publie la revue en ligne SociologieS et accorde une attention particulière à la formation de jeunes chercheurs par l’intermédiaire de RéDoc (Réseau international d’écoles doctorales en sociologie/sciences sociales), qui organise chaque année une université d’été. Tous les six mois, la Lettre de l’AISLF rend compte des activités de l’Association. Pour plus de détails, consultez aislf.org.

L’AISLF a également servi comme site international de débat entre plusieurs « écoles » de sociologie francophone, sans jamais prendre directement parti pour l’une ou l’autre. Elle a donc rempli son objectif premier – qui reste le même aujourd’hui – de défendre le pluralisme en sociologie, et d’encourager le débat au sein des comités de recherche. Les associations linguistiques régionales permettent d’accompagner dans leur développement et d’ancrer spontanément au niveau international de nouveaux concepts et paradigmes qui émergent dans des contextes nationaux souvent trop étroits pour leur donner suffisamment d’espace pour se développer.

Pour prospérer, la diversité sociologique requiert des zones de proximité linguistique de ce type. L’une des tâches de l’ISA est de favoriser le dialogue entre des régions aux frontières plus ou moins poreuses, et c’est ce que le Président Michael Burawoy tente de faire en ce qui concerne les grands problèmes mondiaux. Il est clair que les aires linguistiques sont inégales et hiérarchisées. Aujourd’hui, l’aire anglophone se tient au sommet. Cette hégémonie, qui est le produit de multiples circonstances et processus, ne devrait pas nous faire oublier que les aires linguistiques, y compris l’aire francophone, ont leurs propres hiérarchies et inégalités internes. Penser et écrire en français n’est pas la même chose pour un Sénégalais, ou un Marocain, que pour quelqu’un originaire de France ou du Québec. Nous nous trouvons en effet confrontés à une hiérarchie d’hégémonies linguistiques avec leurs relations d’inégalité correspondantes.

Le contexte dans lequel l’AISLF a été fondé n’est plus le même aujourd’hui. La sociologie aux États-Unis est plus diversifiée. Ses exportations qui rencontrent le plus de succès, l’homme rationnel et l’interactionisme, constituent deux facettes importantes de la sociologie francophone d’aujourd’hui. Leur succès est probablement lié à la fragmentation des sous-domaines de la sociologie. Le monde bipolaire que nous avons connu (1950-1970) a disparu au profit d’un monde multipolaire. Nous habitons un monde officiellement reconnu pour son pluralisme culturel, caractérisé par une interdépendance mondiale d’une ampleur sans précédent, et marqué par la mobilité croissante des personnes, du capital, de l’information et des produits. Nous vivons une époque où nos capacités technologiques et scientifiques dépassent tout ce que les fondateurs de notre discipline auraient pu imaginer. Le programme libéral du laissez-faire, associé au rêve technoscientifique de Descartes (« maîtres et possesseurs de la nature »), a donné naissance à des incertitudes telles dans le domaine de l’économie et de l’écologie mondiales que de nouvelles exigences en faveur d’une régulation internationale se font entendre après chaque crise, ne serait-ce que pour éviter de disparaître sous la masse de nos propres contradictions et détritus.

En organisant notre XIXe Congrès à Rabat sur le thème de l’incertitude, nous avons le sentiment que les sociologues ont un rôle particulier à jouer dans la recherche d’une sortie de la voie étroite dans laquelle nous nous trouvons actuellement pris au piège.

***

On the history of the connection between Francophone Sociology (AISLF) and ISA (June 21, 2012)

by Edward A. Tiryakian, Professor Emeritus, Duke University, USA

Global Express

In Global Dialogue 2.4, AISLF president André Petitat and Professor Jennifer Platt provide factual data about one of the most vigorous national organization of sociologists linked to ISA. As an American sociologist with life membership in both (I joined AISLF in 1965, and ISA in 1974), I’d like to offer a few remarks based on personal experience and observations.

In the reconstruction of French sociology after WWII, Georges Gurvitch was the charismatic intellectual leader, holding Durkheim’s chair at the Sorbonne, much like Parsons at Harvard. Gurvitch, who had spent WWII in New York, quickly felt that the theoretical/philosophical/qualitative tradition of continental sociology risked being submerged from the attraction of empirical/quantitative research coming from the States. As Petitat and Platt state, this provoked Gurvitch and Henri Janne in Belgium to organize an international association that would not be an American fiefdom. They found important allies in Quebec universities, such as Guy Rocher at Montreal. However, unlike sociologists from Europe, the Canadiens (later called Québécois) were seeking autonomy from Anglo-Canada dominance, not from American sociology (Rocher wrote one of the best expositions of Parsonian sociology). While at Harvard, I met a sociologist, Phillip Bosserman, who had done his dissertation under Gurvitch, and through him learned about AISLF. I went in 1965 to the congress of AISLF and elected to membership, as is the custom, with support from Gurvitch and one of his top students, Georges Balandier. In 1971, during a tumultuous business meeting, I found myself elected to the executive committee as belonging neither to the French, Belgian, Swiss or Canadian group – each of which had at least one seat on the executive committee; the “others” with me were the president-elect from Tunisia,, and one from Egypt, one from Mali, and one from Vietnam. I have never felt any anti-American sentiment, being reelected at successive congresses, capped with being elected president to a four-year term in 1988.

Living up to its name, the association has strengthened the internationalization of its executive committee and of its membership, with over 50 countries among its 1800 members (but only 7 American members). Elected members at the 2008 congress in Istanbul, besides those from the traditional countries, were a Moroccan, a Greek, an Italian, a Turkish, a Tunisian, a Portuguese, and a Congolese sociologist.

The internationalization of sociology has benefited over the years not only at congress time, but also by AILSF sponsoring colloquia or mini reunions in different sites in Europe, Asia, Africa (I organized one in Louisiana in the 1980s). In the 1980s and 1990s, when Renaud Sainsaulieu was president, AISLF helped to organized colloquia in Eastern Europe, namely Poland, Romania and Bulgaria, helping the renaissance of sociology in countries where it had lapsed during the communist regime. Given a shortage of funds and personnel, AISLF provided an important stimulus in those and in “Third World “ countries. Thus, AISLF has been on the same wave length as ISA in the globalization of sociology.

There are some observable differences between AISLF, ISA, and ASA congresses that I have noticed over the years. All three are of course meetings of professionals, committed to scientific integrity. ASA is highly structured at both its general sessions and at its section sessions. Papers are screened before acceptance, so the quality is uniformly good. ISA is very inclusive and because of its large size, its meetings are scattered over several buildings; the more serious work is done by research committees which may have their own, smaller meetings. AISLF, under the leadership of Christian Lalive d’Epinay when he was president (1985-88), borrowed many organizational ideas from ASA and ISA, which helped to modernize the structures of AISLF and increase its membership among younger sociologists.

Still, there has remained in AISLF a strong Gemeinschafliche ambience of fellowship and conviviality, which contrasts with the more business-like ASA atmosphere. Regardless, all the settings and their cultural variety are good for sociologists to meet one another. I have enjoyed my unofficial role as a “missing link” between ISA and AISLf, as I look forward to attending the AISLF congress in Riad, Morocco next month and the ISA congress in Yokohama next year.

Edward Tiryakian Global Express

***

NOTA ADICIONAL: – Na leitura atenta de sua obra, nota-se que Georges Gurvitch buscou deixar claro que reconhecia os engajamentos dos autores norteamericanos  para imprimir os novos rumos do século vinte na sociologia (preeminência psicológica e moral dos fatos sociais), notadamente, Charles H. Cooley (1864 – 1929), George H. Mead (1863–1931), John Dewey (1859 – 1952) e C. Wright Mills (1916 – 1962) que são referidos expressamente por Gurvitch.

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